L’empowerment

Réflexions à propos de l’empowerment et les soins pédiatriques

QU’EST-CE QUE L’EMPOWERMENT?

L’empowerment est un processus né progressivement d’expériences de mise en œuvre de  stratégies concrètes en situation réelle pour susciter un changement de mentalité sur le terrain par prise de conscience des ressources, du savoir et de la capacité de chacun à participer à la mise en place de possibilités de changements sociales au début des années 60. (cfr Saul Alinsky)
L’élément majeur de ce processus est l’égalité des acteurs.
C’est un engagement de personnes qui s’associent dans un rapport d’égalité dans le respect du rôle de chacun pour mettre en œuvre une stratégie concrète de prise de décisions dans un objectif de modifier la façon de communiquer, de la notion de pouvoir et du savoir pour le bien commun.
Cette stratégie s’appuie sur:

  • l’intérêt, que ce soit de la personne, d’un groupe, d’une famille ou d’une institution…
  • le pouvoir, avoir droit à la reconnaissance de sa capacité à réfléchir pour orienter correctement les actions utiles aux changements.
  • la tactique, participer activement à la négociation et obtenir un compromis équilibré et réaliste de toutes les parties dans la décision.

L’EMPOWERMENT IMPLIQUE UNE METAMORPHOSE RELATIONNELLE DE TOUS LES ACTEURS

L’empowerment propose de redéfinir les rapports entre experts et usagers.

Cette métamorphose relationnelle demande réciproquement de croire en la capacité de changement de la personne, la confiance entre les personnes concernées. Elle ouvre progressivement à la complémentarité du savoir et du pouvoir ainsi qu’à l’autonomie, l’indépendance, l’autodétermination… elle impose une réciprocité du respect de certaines limites, un esprit critique, des règles d’accompagnement adaptées suivant l’évolution de chaque situation.

L’empowerment impose un changement de mentalité et de profondes modifications dans les relations intervenant/usager. Cela implique un processus d’apprentissage réciproque de changements d’attitudes pour communiquer un savoir et le recevoir ainsi que les relations qui lient les individus en tant que sujets singulier et sur leurs conceptions d’un tel processus.
La mise en pratique de l’empowerment demande une réflexion approfondie sur le partage de pouvoir et de savoir, la réciprocité des informations, la reconnaissance mutuelle de personne ressource humaine, l’engagement en partenariat qui lie les personnes par des droits et des devoirs

Il convient donc de prendre le temps nécessaire pour questionner:

  • Les inégalités de pouvoir et de savoir de toute relation humaine;
  • Les rapports actuels dans les relations experts et usagers;
  • Les tâches et décisions partagées qui entrainent le partage des responsabilités;
  • La perception de relation de complémentarité et de son contenu;
  • Le soutien l’évaluation du processus d’empowerment grâce aux outils spécifiques
  • Autres

Plusieurs auteurs estiment que ce temps de réflexion est indispensable pour obtenir les résultats escomptés du processus l’empowerment.

L’EMPOWERMENT PEUT-IL S’APPLIQUER AUX SOINS DE SANTE?

Aujourd’hui l’empowerment s’applique dans des domaines très divers y compris dans le contexte particulier des soins de santé. Il est basé sur la reconnaissance de la complémentarité de savoir et d’expertise des professionnels et du savoir venant de l’expérience de la personne malade.
Dans le domaine des soins de santé nous avons repris la définition de Dunst et Paget (1991) Ils évoquent une association entre personnes qui reconnaissent leur rôle mutuel, veulent et acceptent de s’engager, sont liées par des droits, des devoirs et des responsabilités qui contribuent en termes de ressources et d’expertises.
L’empowerment, comme processus d’humanisation, se réalise lorsque la relation s’établi entre la personne malade, ses proches et l’équipe soignante dans la confiance voire même avec une certain complicité de croire en la possibilité de chaque personne à changer à son rythme.
Cette première étape est majeure pour la reconnaissance des rôles de chacun il est nécessaire de quitter le discours égalitaire afin d’adapté le processus d’empowerment à la réalité et à la complexité de chaque partenaire malade. Ceci implique d’intégrer la notion de temps nécessaire à l’adhésion de l’empowerment des parties concernées.
Dans le domaine de la santé l’empowerment est la mise en œuvre de stratégies concrètes en situation réelle consiste à créer une association volontaire entre une personne malade qui a besoin de soins, et une équipe de personnes expertes qui acceptent de s’engager dans un partenariat pour combattre ensemble la maladie

Ces éléments mettent «la personne malade et son accompagnant proche en première ligne dans la rencontre soignants/soignés

L’EMPOWERMENT A-T-IL SA PLACE EN PEDIATRIE

Dans un contexte de soins de santé en pédiatrie où la maladie d’un enfant touche le groupe familial, parents, fratrie, grands parents … Associer l’enfant malade et ses parents au projet thérapeutique et aux prises de décisions impliquent de redéfinir la relation triangulaire de complémentarité dans un domaine caractérisé par des inégalités de responsabilité, de savoir et de pouvoir.
L’empowerment demande un dialogue spécifique entre le médecin référent/ l’enfant malade et ses parents, dont le préalable sera la gestion des enjeux très différents dans la relation de complémentarité lors de la rencontre entre experts de santé et les usagers de soins.
La réalité de la maladie est très différente pour le soignant, l’enfant et ses parents.

  • le soignant expert est centré sur l’observance du traitement, l’hygiène de vie face à l’objectivité des symptômes
  • l’enfant malade suivant son degré de maturation centré sur : lui-même, la douleur, ses peurs. les copains, les jeux, l’école.
  • Les parents centré sur les effets de la maladie sur la vie de tous les jours la, précision du diagnostique, la vie familiale, professionnelle et financière, ainsi que la vie sociale.

Ces différences d’enjeux doivent être prises en considération dans l’engagement du processus d’empowerment en soins pédiatriques.

L’empowerment a, donc, une place importante en pédiatrie, l’intégration des parents dans la mise en œuvre du processus en situation réelle de maladie de leur enfant.
Ce processus consiste en un engager dans un partenariat singulier pour combattre ensemble la maladie quelque soit sa gravité. Il permet une prise de conscience réciproque des forces, des capacités, des limites des parties engagées et des possibilités d’adapter le processus à l’évolution d’une situation.

Les objectifs de l’empowerment pédiatrique sont majeurs pour conforter les résultats de l’application du traitement, renforcer progressivement la capacité des parents de prendre soin de leur enfant, favoriser l’adhésion triangulaire au traitement et à la participation active du faire «avec» tous les acteurs professionnels experts.

Cette prise de conscience des comportements et attitudes qui influent sur la santé à long terme est un enjeu majeur de santé publique.

CONCLUSION

L’empowerment en santé est la mobilisation respectueuse de différents partenaires dans la relation de complémentarité lors de la rencontre de partenaires ayant des enjeux très différents mais un même objectif combattre la maladie ou la stabiliser.

Les résultats de l’empowerment en matière de santé demandent:

  • Le consentement de tous les acteurs,
  • L’information est incontournable pour donner du sens au projet thérapeutique, participer aux décisions, accepter des résultats du traitement et ses orientation ainsi qu’un accompagnement thérapeutique.
  • Associer la personne malade et son aidant proche, au dialogue entre l’experts/profane est, donc, indispensable avant d’obtenir leur engagement. Cependant quelque soit l’attitude de la personne soignée et/ ou du proche aidant les prestataires ont pour mission d’informer, de soutenir la personne malade restent incontournables
  • De nombreux éléments favorisent les résultats de l’empowerment. Ils sont essentiels à la qualité de vie de la personne malade et de ses proche, donner sens aux actes thérapeutiques, permettre de participer aux décisions.

L’empowerment peut faire prendre conscience des comportements et attitudes ayant une influence sur la santé à long terme être un aspect de la prévention secondaire, donc un enjeu politique et financiers en santé publique à court et à long terme.

Références

Isabelle AUJOULAT Institut de recherche Santé et Société (IRSS) entendre la voix de patient 2014
Louise LEMAY Université de Sherbrooke 2007 L’intervention en soutien à l’empowerment : du discours à la réalité.
Louise LEMAY Université de Sherbrooke 2005 Conditions et conséquences des pratiques d’empowerment.

Scheid et Walkowiak, 2002
Dunst, C. J., Trivette, C. M. et D. W. Hamby (1996). Psychologue du développement
Dunst et al. (1992)

Saul ALINSKY, 1976 Manuel de l’animateur social, «Une action directe non violente» Paris, Seuil

  Télécharger en pdf (157 kb)